Le contexte historique et le mouvement hippie

« Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent » écrivait Jack Kerouac en 1957 dans « on the road », l’ouvrage fondateur de la « beat generation «  qui donna naissance au mouvement hippie quelques années plus tard. Alors si vous pensez que les hippies ne sont que de doux rêveurs qui fument de l’herbe en gambadant tout nus dans la nature, vous allez être déçus ! Certes, les premiers hippies américains revendiquent la non-violence, la liberté de se droguer ou de vivre librement leur sexualité, mais ce sont avant tout des militants radicaux, pacifiques, politiquement très engagés, qui brûlent en public leur papiers militaires pour éviter d’être envoyer au Vietnam et appellent à la désobéissance civile.

Né au début des années 60 aux États-Unis, le mouvement hippie se caractérise par son refus du consumérisme, son rejet des valeurs traditionalistes et sa lutte contre la guerre du Vietnam.

Les hippies prônent un nouvel art de vivre, basé sur les philosophies orientales et la liberté sous toutes ses formes : cheveux longs, vêtements indiens, nudité des corps, liberté de l’amour, usage massif de cannabis et d’hallucinogènes et surtout refus de toute forme d’aliénation aux codes de la société américaine bien pensante.

« Nous n’avons pas mis fin au capitalisme, nous n’avons pas mis fin à l’impérialisme, nous n’avons pas fait disparaître le racisme. La chose seule dont nous ayons vu la fin, c’est la guerre [du Vietnam]. En revanche, sur le plan culturel, tout nos objectifs ont été atteints» explique Peter Coyote, membre des « Diggers », célèbre collectif d’acteurs américains qui prônait à l’époque un activisme communautaire et distribuait des repas gratuits aux marginaux.

En effet, bien qu’elle n’ait pas radicalement changé la société, la contre-culture hippie a tout de même laissé des marques indélébiles dans l’histoire au travers de la libération des mœurs notamment,  de l’égalité des rapports entre les hommes et les femmes, et de la discrimination des minorités. Au niveau culturel, les hippies ont laissé un héritage fondamental dans l’art, via le « Pop Art » par exemple, le « Living Theater » mais surtout dans la musique.

Du mouvement hippie naît un nouveau courant musical pop/rock qui s’affranchit des codes de l’époque (textes engagés, premières guitares électriques saturées, légendaires solos d’instruments, morceaux exagérément longs…) et porte haut et fort les valeurs de cette génération contestataire. Les grands rassemblements musicaux gratuits comme le Festival de Monterey, le festival de l’île de Wight et surtout le Festival de Woodstock qui réunit plus de 500 000 personnes ont pour une grande part contribuer à populariser le mouvement dans le monde entier.

C’est en effet au son des chansons des Who, de Canned Heat, d’Iron Butterfly, des Doors, des Pink Floyd, de Joan Baez, de Crosby, Stills, and Nash et de leur cortège d’images psychédéliques, que le mouvement hippie traverse l’atlantique.

En Europe aussi, les années 60/70 connurent un grand bouleversement des conceptions morales et politiques de la jeunesse. En France, si les revendications des étudiants sont assez proches de celles des hippies américains, la contestation de la jeunesse se traduit plus brutalement par un grand mouvement de grèves générales et sauvages tant dans les usines que dans les universités, fortement réprimé par la police du Général De Gaulle alors au pouvoir.

Les événements de mai 1968 constituent cependant une rupture marquante dans l’histoire de la société française et reste le mouvement social et politique le plus important depuis la révolution française de 1789.

Si, comme le mouvement hippie aux États-Unis, le mois de mai 68 a fait naître des changements dans la société française, c’est encore une fois au niveau culturel qu’ils sont les plus frappants, dans le cinéma par la « Nouvelle vague », dans la littérature par le « Nouveau roman » et dans la musique par l’irruption de la chanson dite « Yé-Yé » qui pour beaucoup est la traduction française des grands tubes hippies américains.

A l’écoute de ces nouvelles musiques et des messages de liberté qu’elles diffusaient, une grande partie de la jeunesse française se dit qu’une autre façon de faire la révolution est possible. Déjà, au temps de leurs manifestations, ils avaient inscrits sur les murs des slogans tels que « jouir sans entrave, sous les pavés la plage, soyons réaliste demandons l’impossible » qui  n’étaient pas loin de ce que proclamait la jeunesse américaine (« Peace and Love, Black is beautiful, make love not war, power flower »).

C’est à cette époque précise, au moment où Paul, Corinne, Francis, Martine, Tom et Florence, les 6 jeunes héros de « Welcome to Woodstock » prennent conscience que le mouvement hippie américain est une autre forme de révolte possible, à travers la musique, la paix et la fraternité que démarre le spectacle…